Autrenoir – Autrenoir (Distant Voices, 2017)

Ce disque commence avec une petite loupiote qui s’allume au loin dans une grande caverne habitée. Des bestioles rondes intelligentes, enfin un peu, qui se déplacent en rebondissant contre les parois. Elles s’activent, elles font des choses, elles pratiquent la division des tâches, il y a les mineurs, le forgeron, le grand sage, le poète druide chaman des cavernes. Ils ne savent peut être pas ce qu’est le soleil, encore moins qu’il existe un monde extérieur. Ce sont des ewoks souterrains. Ils vivent dans un monde vaste et encore largement inexploré, plein de MYSTÈRE.

Cette musique est sombre et primitive OK. Synthétique aussi, et verticale, elle s’étire de bas en haut, à la recherche d’une sortie, à la recherche de la lumière ok. Une musique qui tente désespérément de communiquer avec le HAUT à grands renforts d’oscillateurs détunés et de mélodies pseudo orientales, de tambours et de cordes électriques frotées gratouillées qui bourdonnent.

Second track : on commence chez les mineurs, petit chariot qui achemine le minerai au village, tout à la fois nourriture, matériau de construction et objet de culte de base. Il est vivant, c’est un minerai hybride végétal, qui possède en lui la clé du MYSTÈRE : qui sommes nous, pourquoi sommes nous là, comment pouvons nous sortir. Mais pour avoir toutes ces réponses, il faut trouver la clé de l’énigme. Alors on s’affaire toute la journée, sans relâche, on creuse, on racle, on excave, on transporte, on fait fondre, on moule, on cuisine, on monte, on sculpte, on joue, on invoque. Mais toujours rien.

Bon. Oui ces ewoks connaissent aussi la cowbell de la TR 808. Surprenant mais pourquoi pas. C’est le soir, au coin du feu. Le chaman propose un spectacle d’ombres chinoises sur les parois de la grotte. Une scène épique digne du Maharabata. L’affrontement des forces cosmiques et plus précisément le dieu d’en bas contre le dieu d’en haut ou inversement. C’est un bon divertissement et par contre à la fin personne ne gagne évidemment : c’est l’équilibre mouvant. What else.

La nuit, Ensuite. Après le spectacle, ne restent que quelques initiés. Ils ingurgitent une certaine variété de ce minerai biologique qui leur dilate les pupilles et projette leur conscience hors de leur corps. C’est le temps de la transe, le voile se déchire et le contact avec la réalité provoque une sorte d’euphorie contagieuse. On rebondit très fort contre les parois de la grotte sans que cela soit particulièrement joyeux, n’empêche que ça fait du bien. Le MYSTÈRE est là, à portée de main, je peux presque le toucher, comme le saint graal coincé au bord du précipice dans un palais qui tombe en ruine. Mais non. Laisse tomber. C’est pas pour aujourd’hui. Ça fait du bien quand même.

Autrenoir by Autrenoir

Retour à la normale, au petit matin, rosée sur les parois, couloirs encore déserts, espoir, anticipations, vénération du monde tel qu’il est. Prière. Que le Dieu d’En Haut bénisse ce village, cette grotte, cette journée qui commence. Qu’il nous guide comme chaque jour vers le haut, vers la sortie, qu’il fasse de cette vie une source de joie malgré l’obscurité, malgré la monotonie de ces couloirs sombres et ce minerai qui est quand même très salissant, friable et pas très nourrissant. Prière et dévotion. Un jour ça sera mieux, on sera là haut. En haut les âmes de nos ancêtres dansent joyeusement en parfaite communion avec l’essence de la réalité ; ils ne forment qu’une seule grande conscience qui est le tissu même de l’espace temps et voilà.

Bises.