Tim Hecker – Shards (Kranky, 2025)

Salut les pounks, aujourd’hui on a un projet, aujourd’hui on se sort les doigts du cul : on va écrire un peu, on va raconter des trucs intéressants sur de la musique pop, enfin de la musique, enfin du son, enfin des petites variations de pression atmosphérique, vous voyez quoi, petits chatouillis sur les tympans, mais c’est Tim Hecker et c’est nouveau, alors c’est in=té=)ressant, c’est de la musique avec des émotions, et ça commence avec Heaven Will Com, qui tisse des petits fils en courbes douces, et la basse qui finit par rentrer par à coups mélodise un peu tout ça : on pourrait faire la même chose avec une guitare et une basse, c’est universel. On est dans la musique de film, la musique des émotions pour les occidentaux en mal de sensations dans leur crâne, ou alors qui ont besoin de musique triste pour se dire qu’ils ne sont pas tous seuls à en chier, ou pour se dire que finalement être triste c’est bien, c’est mieux qu’être mort et en plus c’est beau.


Bon, cette piste 1 était sympa mais un peu paresseuse. En 2 on a du piano et de la contrebasse qui titubent, qui ont sûrement bu un coup de trop après s’être faits larguer, mais attend un peu MR Tim Hecker, depuis le temps que tu nous sors de la musique mélancolique, t’es sûr que tu es tout le temps comme ça, ou alors est ce que tu as congelé quelques larmes à l’époque, que tu nous repasse au micro ondes tous les ans pour nous vendre un peu de vinyle ? Je sais, je suis dur, mais c’est l’esprit de ce blog, tu te rappelles, pas de quartier, je sais, t’es un peu timide, tu es sensible, un jour je me suis posé à une table où des copains discutaient de trucs de geek de musique, et il y avait un mec à côté d’eux, tout fin, cheveux courts, discret, le visage sympathique, et en fait c’était toi, Tim Hecker, et je t’ai pas entendu ouvrir la bouche, c’est dire comme tu es discret, et tu aimes la musique triste et les grésillements de prise électrique, et le piano, et ta musique est assez classe, mais j’aime bien quand même quand c’est un peu plus punk, et aussi quand ces mélodies ont un peu plus de caractère, sonnent un peu moins génériques, parce que chatgpt peut me générer des fichiers midi plus intéressants que ça, ou MR Lopatin, non mais te vexe pas, tu as aussi de nombreuses qualités. Après il y a un peu de clarinette qui claque des clés, avec encore une basse qui apporte de l’émotion et des toiles d’araignées, mais oui je viens de comprendre, ici nous avons de la musique arachnide, c’est relativement sinistre, parce que généralement les araignées ne sont pas très sympathiques, comme à la fin de ce film avec Jake Gyllenhaal, tu sais celui où il traque son sosie, et à la fin il tombe nez à nez avec une très grosse araignée, c’est surprenant et effrayant et c’est la métaphore de son adultère ou un truc comme ça.


Bon, l’avantage de ce disque c’est que les morceaux de musiqueu sont courts, ils se picorent comme des chips à l’apéro, d’ailleurs l’analogie avec les biscuits apéro ne s’arrête pas là, parce qu’ils sont aussi sans surprise, ils se laissent manger, mais il faut faire attention à ne pas trop en mettre dans sa bouche au risque de ne plus avoir faim en arrivant à table. Ce qui signifie que je vais devoir passer vite fait à autre chose. Le problème de ce genre de musique, c’est que j’ai l’impression de l’avoir déjà entendue, parce que les mélodies sont vraiment génériques, pardon j’ai pas les notions de théorie musicale, mais j’ai déjà entendu ça dans un docu sur Arte, j’en suis sûr, ou dans un autre disque d’électronique expérimentale / néoclassique, ou autre. Bref je baille, mais tu sais, je baille souvent, je suis un blasé depuis longtemps, j’ai écouté trop de musique, j’ai 40 ans maintenant, oui c’est fou, j’ai commencé ce blog alors que je finissais tout juste mes études, c’est dire comme il est vieux. OH il y a quand même un morceau qui me titille un peu là, un peu plus intense que les autres, plus orchestral, il y a un ensemble de cordes, une petite montée, bon c’est pas du Mahler non plus mais si je devais conseiller un morceau de cet album à un mec dans le couloir de la mort qui n’aurait que ce disque pour s’occuper, je dirais celui là, d’ailleurs il s’appelle SARS Requiem, donc oui, on est un peu dans le sujet, la mort qui approche, c’est cool. Ensuite il y a le morceau Joyride Alternate, dont la particularité est cette petite disto numérique qui fait comme de la neige, un petit peu froid, je dirais même assez froid, voire très froid, voire glacial, et en plus ça avance par vague, ça s’approche, et là j’aime bien parce que c’est progressif, il y a un beau boulot de construction, les plans sont très complémentaires, il y a une mélodie frappée, c’est une très grosse boule à neige et tu es enfermé dedans, je ne dirais pas que tu es heureux d’être là, mais au moins il se passe des trucs, tu ne t’ennuies pas, ce qui est une bénédiction quand tu viens de te fader ce qui a précédé. Je sais bien que je n’aurais pas dû commencer par Tim Hecker pour relancer ce blog parce que je sais pertinemment que ce mec m’ennuie, du moins sa musique, mais au_ moins les choses sont posées : je vais pas faire de quartier, je vais démonter ce qui mérite d’être démonté, c’est la moindre des choses, la critique musicale mérite qu’on appelle un chat un chat, les mots sont importants, la langue doit être revivifiée, parce que la langue, c’est ce qui permet aux gens de vivre ensemble en paix, de construire des choses, la langue c’est la base de ce grand château de cartes qu’on appelle « civilisation », et quand on aime bien la civilisation, en tant qu’échafaudage qui nous rapproche du ciel, alors on se doit de chouchouter la langue, la vénérer, l’honorer, c’est à dire la faire coller au réel le plus possible, et donc dire quand c’est génial, dire quand c’est de la merde, dire quand le chat pue du cul parce qu’il ne sait pas se laver le derrière, dire quand une meuf est bonne, quand c’est un cageot, dire quand je suis triste, quand la musique me donne envie de tuer des enfants, ou de me branler la nouille, et ainsi de suite, coller au réel ça commence par poser ses propres émotions sur la table, pas comme ces cons de journalistes et leur objectivité à deux balles, mais quand même avec conséquence, bref, pour ça j’ai envie de te remercier MR Tim Hecker, j’adore le cANADA, la neige, la glace, pas trop la poutine, parce que manger gras pour supporter le froid c’est une mauvaise idée, comme l’alcool. Bref. Le disque vient de se terminer, c’était court, anecdotique à la première écoute, et je me dis que peut-être il y a un peu plus à découvrir en grattant sous la surface, il y a des structures cachées, mais bon, j’ai pas trop envie. Je dirais que ce disque est fait pour des jeunes mal dans leur peau, qui s’intéressent vaguement au son, et qui sont trop timides pour dire à leur voisine d’amphi qu’ils sont amoureux d’elle. Teen Ambient, ça existe ? Teen ambient à lunettes, jean t-shirt.

C’est tout les nases et surtout, pas de sport trop intense à cette saison si vous avez des symptômes grippaux, sinon vous finirez comme moi, au lit toute la journée le 1er janvier. Bonne année quand même bises.