BANG

Forte explosion, fumée noire, vents violents, pelouse crispy, bourrasque de l’enfer, chants bizarres, noyés flous. Merci la Vierge Marie, toute noire, qui a touché terre quelque part dans le Sud, mère des hommes, des chiens de la terre, assemblés en petits groupes de survivants.

Toujours des survivants.

À sept ou huit milliards.

Du haut de ma colline, à force de pédaler, j’ai dans les veines un peu de cet air de fin du monde joyeuse, qui râle, mais chante et siffle aussi comme un honnête souffleur.

Harlem dans ma tête, dans l’air, dans les branches d’acacia.

Je carbure au vin rouge, puisque je suis là.

Que la tempête me cherche. Il faudra plus qu’une rafale pour m’arracher au substrat. Et qui peut encore m’apprendre quoi que ce soit de la musique des choses ?

Caverne ou dortoir, immense paysage nocturne en contrebas de ma tête : des grillons et d’autres bestioles à carapace fragile, qu’une simple pression des doigts fait éclater comme un gremlin trop mûr.

Jamais là où l’on pense.

Parfois si près qu’un mouvement infime suffit pour tout arrêter, quand bien même le ciel serait entièrement mouvant de flammes et de bouillie cosmique.

Respirant encore un peu, je me dis :

qui pour arrêter ce cycle-là ?

Mais qui ?

Personne.

Et peu importe le cycle en question. Point de vue inutile, car le monde est ailleurs, coup de pompe après coup de pompe, vélo réparé, just cruising.

On n’est pas toujours seul au creux de la vague. Ou bien au sommet. Que ça souffle ou pas. Qu’on active un mécanisme de piscine à vagues ou une usine marémotrice, tout ça est bien sûr décomposable en sinusoïdes et en bruit blanc, plus ou moins filtrés par des morts.

Quelque chose d’interdit, mais de bon pour la flore intestinale.

Tant pis pour l’État de droit, que plus grand monde ne respecte. C’est malheureusement comme ça à la fin d’un cycle.

Mais ça n’empêche jamais la roue de tourner, que je sache.

Même si les tentations sont grandes, aujourd’hui, d’arrêter le temps.

Pas possible.

Que je sache, la roue est de gauche.

Et les vélos aussi, à quelques exceptions près.

Mon beau-père avait une Jaguar, fut un temps.

Et bien sûr qu’on finit voûté, sucré. Pas la peine de le rappeler. Sous le mûrier ou n’importe où.

Ce qui compte, ce n’est pas la vague, finissant toujours par casser.

C’est le rythme.

Bien sûr.