Ressources

Du mystère des ressources.

Pourquoi et comment je mobilise mes ressources lorsqu’elles semblent manquer.

Pourquoi la forme ou la fatigue sont des illusions qui dépendent avant tout de mon état d’agitation mentale.

Pourquoi mon ventre, ami ou ennemi intime, n’est pas la cause première mais un reflet qui se prendrait pour la cause : un imposteur, celui qui voudrait être mis avant les bœufs. Véritable centre : le cœur. Point extrêmement localisé tout en restant absolument diffus, contradiction insurmontable uniquement pour un cerveau emmuré vivant, clôturé de toute part, circulant mal, bouffi et prêt à éclater.

Je ne sais si cela fait de ces mots un poème. Qui sait au fond ce qu’est un poème ? Même Lautréamont n’en avait qu’une très mince idée. On peut décorer son papier d’arabesques pseudo-philosophiques, revenir à la ligne quand ça nous chante, vivre à Paris et fréquenter quelques éditeurs ; peut-on pour autant s’appeler poète ? Plus qu’un balayeur ou ce gars qui fait la manche en bas de son immeuble, s’invente des histoires de rats kleptomanes, de gouvernement crapuleux, de tuyaux rouillés, de nœuds papillon de travers ? Que l’écriture soit une hygiène de vie, toujours questionnée, constamment remise à sa place de barbouillage frivole. Son principal mérite est de désacraliser le langage.

Car le langage pue. Le langage tâche les slips. Il n’est beau que lorsqu’il est à sa place, raffiné, épuré, filtré par l’activité incessante du tartinage infini, qui désacralise jusqu’aux bâtons, aux boucles, jusqu’à la ponctuation.

Que la nuit donne un poème et le jour une liste de courses, ou l’inverse, c’est toujours de la littérature : une production d’excrément, saine et indispensable, qu’on peut analyser comme de la fiente de dinosaure.

J’ai, pour les siècles des siècles, le complexe de l’auteur juge et bourreau de lui-même, qui doit renoncer à la validation des pairs comme à la sienne. Il se donne bonne conscience en s’inventant des théories sur le langage et l’information, assimilables au cosmos. Mais du point de vue de l’humain qui tape comme un débile sur sa machine à écrire, tout cela reste une valve pathétique, dérisoire, infiniment prétentieuse ; peut-être la seule modalité du réel, qui n’est qu’une respiration, une marée, un rythme.

Écrire pour expulser, mais pour mieux avaler : symbolisme du cercle parfait, qui contient tout ce qui est, a été et sera.

Coltrane a dit un jour : je pars d’un point et je vais le plus loin possible. Un autre jour, il est mort.